PWA 2018 : Alerte Ouragan à Pozo

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Photo: Gran Canaria Wind and Waves Festival

Hola quetal! Que de choses se sont passées depuis ma première PWA à Pozo… Mon espagnol s’est enrichi de deux phrases et demi, je passe le  virement presque des deux côtés, j’ai appris à partir au planing en mettant le pied avant en premier, à passer les mousses sans les sauter, à surfer sur le pied avant… Il n’est jamais trop tard pour apprendre les bases de la planche à voile, comme vous le voyez.

Dans la vie, il faut choisir

Cette année, j’ai débarqué à Gran Canaria en touriste de la dernière minute de la dernière chance, mariage dans la famille oblige. En théorie, comme un mariage ça ne se fête qu’une fois, j’ai pris le risque. Et puis, à Pozo, on s’adapte assez vite, le side-on, c’est faciiiiiiiiiiiile. (FAUX)
Mon avion devait arriver à 16h à Gran Canaria, et vu que la météo  prévoyait un minimum de 30nds journaliers pendant toute la semaine, il était plus que probable que la compétition aurait déjà commencé une fois arrivée. Vous vous rappelez de mon premier heat de l’année dernière ? (cf …) Une impression de déjà-vu planait sur le début du voyage, et malgré un embarquement des plus faciles à Orly  (exceptionnel tellement je n’ai gêné personne), j’avais du mal à faire barrage au flot de pensées stressantes qui m’assaillaient par vagues. N’y tenant plus, je téléphona  à l’organisation avant le décollage. Entendre « Well, errm, there’s nothing we can do about it » m’a fait un bien fou.

Une fois sur le plancher des vaches, Nuage le Derff, une bretonne serial-tripeuse engagée sur la compétition m’apprend que les filles ne commenceront les hostilités qu’à partir de 18h. OUF ! Dois-je remercier la coupe du monde de foot diffusée sur place ? Il est 16h50, et M. Gil vient de me déposer à Pozo. Pas le temps d’aller mettre la valise dans la chambre, « Todo a la playa » ! (Notez le niveau d’espagnol). A 17h50, les voiles sont stickées, la planche est prête, la combi enfilée, seulement je ne suis pas concernée par les heats du jour qui s’arrêtent au premier round. Grâce à ma place de 5ème au Maroc, je me retrouve directement en 2ème rideau sur le tableau de la single, ce que je trouve parfaitement absurde vu mes talents pozoïesques qui se situent au niveau du galet sur l’échelle du beau en sculpture. Mais l’oligarchie sur la PWA, c’est un autre débat. Direction la mer pour commencer à me faire un peu au spot ! Pour la voile à gréer, c’est assez simple : 3.3 ou moins, et je n’ai pas moins, pour la planche, 66litres fera l’affaire pour la semaine !

Une fois sur l’eau, c’est la claque, même à Wissant vous ne trouverez pas un clapot comme ça. Du grand nawak. La 3.3 est étarquée au max, au surf ça reste trop et dans les rafales, vu de la plage les tentatives de fronts se transforment en beaux faceplants bien verticaux. Ca promet pour demain!

La Single de la Raclée

C’est Nicole Bandini qui sera dans mon heat du jour, encore un petit air déjà vu décidément, huhuhu ! Cependant je n’ai pas beaucoup d’illusions sur l’issue du heat, Nicole a un meilleur niveau que moi et s’est bien accoutumée aux conditions dantesques de l’endroit. Avant  de partir je remarque que tout le monde reste à surfer devant la plage sans aller taquiner la vague du bunker. « Bonne stratégie, ça », notais-je. Résultat, à la fin du heat j’étais en train de faire n’importe quoi… au bunker. J’ai essayé de balancer tout ce que je pouvais humainement faire en étant bien surtoilée en 3.3, autant dire pas grand-chose, parce que je me chiais dessus à l’idée de monter un peu dans les sauts dans ce vent.

La fessée fut monumentale : 5 points pour moi contre 14 pour Nicole. What else ! J’ai subitement eu envie de m’enterrer sous les galets jusqu’à la double élimination après avoir regardé les notes. La seule bonne nouvelle, c’est que je n’étais pas la seule à avoir ramassé des 1,5 et des 2 en surf. Serena m’avait battu pour la pire note du jour, elle était complètement à la rue et n’avait pu montrer son réel niveau dans ces conditions. Ou peut-être est-il plus juste de juste dire que dans ce vent-là, on ne sait pas faire, et qu’on a tellement peur de s’exploser qu’on n’ose pas. Quand je voyais les freestyleuses comme Maaike envoyer tout et n’importe quoi, je me trouvais franchement peureuse.

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Avec 3m de hauteur en plus, ç’aurait fait un beau late.

Astrid Muldoon qui était là sans pouvoir naviguer à cause de son talon d’Achille m’a bien donné quelques conseils pour essayer de mieux m’en sortir, mais je galérais toujours pas mal. Je crois que naviguer surtoilée, c’est encore un domaine hors de ma portée. Idem pour les sauts, le conseil récurrent était d’abattre avant de sauter quand on est à la rue. Sauf que la dernière chose que j’avais envie de faire dans 40nds, c’était bien d’abattre ! Bref, dire que j’étais mal à l’aise dans ces conditions, c’était une belle litote bien garnie.

La Double Dose de Raclée

Dans la deuxième élimination je suis tombée contre Nuage, un choix vicieux de la part des juges car non seulement, ils opposaient les deux seules françaises de la compet (deux fois plus que l’année dernière, certes), mais en plus il faut savoir qu’on logeait dans la même chambre dans un des appartements de Cutre ^^ A vrai dire, j’étais plutôt déçue car je comptais me proposer pour faire son caddy. En tout cas j’ai évité le poil à gratter dans les draps, et j’ai même réussi à bien dormir.
Le grand jour arrive, et ô miracle, je ne suis pas surtoilée pendant mon heat . Il faut savoir qu’à Pozo le vent a ses sautes d’humeur et les coureurs peuvent être successivement sous-toilés puis à la rue  pendant leur heat. Le soir, il arrive que le vent  se renforce, ou pas, le midi il peut devenir plus violent et plus rafaleux ou tomber, bref, on n’est jamais sûr de rien, sinon que d’une part quoi qu’il fasse c’est la faute de la calima, et d’autre part que la 4.2 ne sortira pas de la semaine.

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Nuage au topturn, à l’aise Breizh!

Je suis à peu près arrivé à surfer sans tomber, sans avoir le flow de Nuage qui a réussi à poser son premier front à la fin du heat, chapeau ! J’aurai dépassé les 10 points, ce qui était mon objectif mais ce n’aura  pas encore été suffisant pour passer un tour. Caramba, encore raté ! Je finis donc cette étape 17eme ex eaquo avec toutes les dernières.

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Photo: Jan Cas Smit

 

Montée en flèche

Ce qui était dur, c’était de savoir que j’avais progressé en un an, mais avec l’impression d’avoir fait du sur-place par rapport aux autres qui avaient progressé infiniment plus. Je me suis sentie comme un énorme échec sur patte à l’issue de la compétition et les jours qui suivaient, incapable d’avoir le mental pour essayer d’aller plus haut en saut, d’arriver à engager plus en surf pour ne pas tomber. J’avais beau me dire que j’avais moins navigué cette année, que j’étais déphasée en étant arrivée bien trop tard pour m’habituer aux conditions du spot qui sont très particulières, rien à faire, j’avais l’impression d’être un zéro. Il n’y a que lors de ma session du lundi soir après la fin de la compèt où déjà, je me suis bien marrée, mais surtout où je me suis sentie réellement en forme et d‘attaque.

Je crois que mon principal problème fut d’une part de me comparer à outrance aux autres, et d’autre part de confondre l’envie de gagner avec la peur de décevoir, ce qui a chez moi des conséquences franchement désastreuses sur mon mental. L’apparent défaitisme qui me caractérise est en réalité une manière de me désengager de toutes les attentes qui pourraient littéralement peser sur moi pour me laisser toute latitude concernant la façon dont je définis ma propre réussite. Ce que je dis d’ailleurs est parfois loin de refléter mes pensées profondes. Dire que je vais essayer de faire de mon mieux revient souvent à produire au mieux du médiocre, et je ne me dépasse pas. Conclusion : plus je m’en fous, mieux ça se passe.

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Que c’est riche et complexe tout ça.

Si j’ai vraiment abordé cette étape de Pozo comme une touriste, je compte bien mieux m’y préparer l’année prochaine, histoire d’être toujours un peu vexée de me faire battre, mais au moins, de pouvoir être fière de moi. Pour l’instant, ma seule fierté est de ne pas avoir fini la semaine en béquilles, et pour cause ! Je n’ai rien fait de dangereux ^^

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Lena titubant en sortant de l’eau après une réception de front à plat, fatale pour son pied

Concernant le niveau général, là où seule Justyna posait des backloops l’année dernière, maintenant il faut rajouter Sarah-Quitta, Oda Johanne et Maaike Huvermann dans l’équation (et plus occasionnellement Birgit Rieger et Steffi Wahl). Niveau late front, Lina doit maintenant monter aussi haut que Daida et Sarah-Quita prend le même chemin. Tout le monde sait poser des fronts plus ou moins les pieds au sec, c’est devenu un basique indispensable. Surfer frontside de façon potable en 3.0 est devenu surfait. Bref, plus ça va, plus ça envoie!!!

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Daida en backloop un pied

45 Schtroumpfs

Cette année, le nombre des participants gnomesques et mineurs qui mettent la misère au planchiste moyen a explosé. Les heats étaient vraiment fous à regarder quand on connaissait l’âge des enfants. Je retiens les surfs hawaIens de Pol 111, les table-front de Corto, les lates de Marino Gil et un superbe front dans la vague replaqué par un des « Fletchy », comme les appelait Ben Proffitt. Chez les filles, c’est bien simple, celle qui a gagné chez les moins de 15 ans est meilleure que moi. Mais oublions tout ça. Laissons ces faits dans un coin très très sombre et très reculé de la pièce, et jetons-leur un tapis persan triple épaisseur en sus.

A propos de mineurs, un petit shaka au passage à Clément, un autre énervant énervé qui envoie des backloops à Pozo alors que dans la vraie vie, il brise la glace des lacs de Lyon (et autres rades) en Techno293. Ils sont doués, ces jeunes 😀

Pour les plus âgés, j’ai suivi moins assidûment le déroulé de la compétition, mais c’tait presque rassurant de les voir désemparés dans certains heats, confrontés à un vent qui flirtait avec les 50nds. Le niveau est extrêmement exigeant, et le show toujours aussi impressionnant! Ricardo Campello est un des rares à mon goût à vraiment réussir à sublimer les vagues avec de gros turns verticaux et des tabletops off the lip absolument splendides. Marcilio Browne a également soufflé tout le monde avec son double dans la vague de dernière minute!

L’égalité des Prize money

Je suis assez surprise que personne ne se soit fendu d’un article passionné sur ce fait historique dans le milieu de la compétition windsurfesque, mis à part quelques trolls en réaction à la nouvelle. Les Moreno ont réalisé le rêve de toutes les compétitrices en planche (sans parler des autres) : donner l’opportunité de gagner autant d’argent que leurs homologues masculins. Concernant le fait que ce soit une bonne chose ou pas, cela reste votre opinion que vous pouvez d’ailleurs étaler sous l’article de Continentseven avec les sus-dits trolls. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet que j’estime ne pas valoir la peine d’être débattu sans dévoiler un cruel manque d’empathie chez ceux qui en font une polémique. D’aucuns ne se serait senti de marbre devant la joie qui débordait des podiums et de la foule !

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Comment les sœurs Moreno ont-elles réussi la prouesse de réunir les 20 000€ manquants ? Un de leur gros sponsor, convaincu que l’égalité avait son importance, a rajouté 15 000€ à sa mise de départ et elles ont réussi à convertir 5 000€ de budget d’organisation en prize money. Concernant l’organisation, c’est un bel exemple sur la façon de faire mieux avec moins, et l’évènement a été menée de main de maître du début jusqu’à la fin. Un vrai show ! Faute de savoir comment leur exprimer l’étendue de ma gratitude, j’ai commencé par leur dire merci avec une boîte de chocolats et j’ai bêché la plage avec assiduité pendant le ramassage de déchets organisé par leurs soins à la fin de la compèt’. Je n’ai pas compris pourquoi j’étais la seule compétitrice de la flotte à venir, même si 90% des coureurs étaient déjà repartis, franchement ça m’interroge encore.

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Et pourtant, Dieu sait qu’on se poile. Photo: GC Wind and Waves Festival

Le Paradis du Vent

Cette année je crois qu’on a battu toutes les statistiques de vent d’une compétition sur une semaine : sur 9 jours, une ou deux nav en 3.7, le reste en 3.3 plus ou moins à la rue, plus une journée de pause où ça naviguait encore en 3.3. En France, pendant ce temps-là, même en foil c’était compliqué! D’ailleurs j’étais assez contente de voir que ma 3.3 Kamikaze était bien plus stable que ce que je l’aurai imaginé, mais à un moment, trop, ça reste trop.

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J’ai profité des quelques jours restants pour prendre deux cours avec LE coach de Pozo, j’ai nommé Josep Pons ! Ce qui m’a fortement déprimé notamment, c’était l’impression d’avoir complètement oublié comment on surfait en side-on. Je n’ai toujours pas progressé sur ce point, mais en revanche, j’ai commencé à comprendre ce qu’était le vrai surf backside, et ça, les amis, c’est mon passage au 2.0. J’ai repris les bonnes habitudes sur mes fronts que j’amorçais au cap parce qu’abattu, sans moi, et si je n’ai pas la sensation d’avoir fait des pas de géants en backloops, en tout cas le coach m’a dit que je n’étais pas loin, ce qui m’a produit l’effet de cette phrase sur un enfant quand il cherche le dernier IPhone que lui ont promis ses parents depuis ses 10 ans : « Tu brûles » ! Comme c’est mesquin.

En tout cas, il m’a regonflé à bloc en faisant fuser les phrases qui font du bien : « perfect take-off », « you’re really close », « you learn fast », etc. C’est fou comme j’avais besoin d’entendre ces « t’inquiète, tu vas y arriver » et de savoir que j’ai le droit de me planter. Parce que vraiment, je me voyais arrêter la planche. 70€ pour une heure de développement personnel avec un coach au sourire Colgate rayonnant, je dis oui.

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Un grand merci à tous ceux qui m’auront donné des conseils pour mieux appréhender la tempête ! Il faut vraiment que j’apprenne à naviguer dans le vent fort, c’est malheureusement ce que j’apprécie le moins en vague. Mon objectif pour Ténérife est d’oublier complètement que des gens me regardent, que mes sponsors ont des attentes et que plein de monde qui me souhaite le meilleur. Brrr, que c’est effrayant tout ça. C’est confortable d’être nulle et de pouvoir se concentrer sur autre chose sur l’eau :p

Deuxième séance divan à El Medano cette semaine! Tchou !

La grosse bise aux Fletchy, aux bretons, aux lyonnais, aux sudistes, aux photographes, et tout le monde 😉 Bravo à tous!!!

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2 réflexions sur “PWA 2018 : Alerte Ouragan à Pozo

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